[Appel à communications] La bédéphilie depuis les années 60

Appel à communications – Colloque international MEDIABD 2019

La bédéphilie depuis les années 60 : sous-culture et culture partagée

Lieu : Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, Angoulême
Date : 26-28 juin 2019 – Auditorium du musée
Langue : français ou anglais
Date limite d’envoi des propositions : 14 octobre 2018
Contact : Jean-Paul Gabilliet : jpg[at]u-bordeaux-montaigne.fr
-Nicolas Labarre : nicolas.labarre[at]u-bordeaux-montaigne.fr

Au sein de la diversité de problématiques autour de l’objet bande dessinée, la bédéphilie apparaît comme un domaine encore peu exploré. L’histoire culturelle a commencé à problématiser, via des études de cas, les objets que constituent les diverses formes de « philies », dont les trois archétypes nés au XXe siècle se sont constitués autour du jazz, du cinéma et de la bande dessinée (Ory, 2012). Le terme même de « bédéphilie » s’avère d’un maniement délicat. Outre son absence des dictionnaires Larousse et Petit Robert (qui pourtant attestent l’existence de « bédéphile » respectivement depuis 1989 et 1993), il donne lieu à concurrence entre trois définitions : soit une acception étroite ne désignant que les pratiques d’amateurs-connaisseurs-fanatiques (Gabilliet, 2016) — on est alors dans le domaine des fan studies ; soit l’ensemble des mécanismes qui ont contribué en 50 ans à faire de la bande dessinée un objet de pratiques culturelles largement partagées dans la population ; soit, un synonyme des systèmes de valeurs permettant de construire des discours de jugement esthétique sur la bande dessinée (Baudry, 2012).

Certaines notions connexes ont déjà fait l’objet de balisages initiaux : les « classiques » (Georgeard, 2011), le canon (Morgan, 2011), « l’âge d’or » (Gabilliet, 2017). Sylvain Lesage a analysé quel impact avait eu sur les pratiques culturelles le déplacement de la bande dessinée du support revue vers le support livre dans l’aire franco-belge (Lesage, 2018). Du côté nord-américain, où « bédéphilie » n’a pas d’équivalent exact, c’est surtout la notion de fandom qui a été mise en avant, particulièrement au travers de l‘observation des fans (Pustz, 2000 ; Bolling & Smith, 2014) et de l’histoire des premiers fanzines dans les années 50 et 60 (Schelly, 1999) ; à une date plus récente, Bart Beaty et Benjamin Woo se sont intéressés aux systèmes de valeur parallèles et parfois mutuellement concurrentiels qui sous-tendent la bédéphilie contemporaine (Beaty et Woo, 2016).

L’ambition de ce colloque est de procéder à une première exploration, diachronique et synchronique, de la diversité des instances qui ont contribué à faire de la bande dessinée un objet d’intérêt, de savoir, d’analyse depuis la seconde moitié du XXe siècle et lui ont permis de la sorte de s’extraire des contraintes de toutes natures (idéologiques, économiques, esthétiques) qui en faisaient un objet de consommation culturelle a priori pour les enfants, les « jeunes » et, au sens large, les individus considérés comme les moins bien dotés en capital culturel. On s’intéressera moins au processus de légitimation de la bande dessinée, lequel est toujours inachevé depuis le bouillonnement des années 60-70 (Boltanski, 1975 ; Maigret, 1994 ; Heinich, 2017), qu’aux mécanismes de toutes sortes qui l’alimentent.

Il n’est pas question de remettre en cause ce que fut l’impact à court, moyen et long terme des mouvements bédéphiles militants qui se constituèrent dans les années 60, mais de les considérer, avec tout le respect qui leur est dû, comme l’arbre qui cache une forêt d’angles d’approche rétrospectifs tels que :

  • les lecteurs, dans la diversité de pratiques dépassant la « simple » lecture ;

  • les auteurs et éditeurs de bande dessinée, comme producteurs de discours légitimant sur leur propre média ;

  • les acteurs culturels généralistes, tels que la presse quotidienne, la radio, la télévision, avant et après l’irruption d’Internet ;

  • les pédagogues avec la progressive entrée de la bande dessinée dans l’univers scolaire à partir des années 60-70 ;

  • le monde des bibliothèques et de la lecture ;

  • les modes de publication (émergence de l’album, éditions patrimoniales) ;

  • la légitimation induite par les représentations de la bande dessinée dans d’autres objets culturels (cinéma, littérature) et par les discours afférents ;

  • les acteurs publics faisant accéder la bande dessinée au répertoire des pratiques culturelles susceptibles de mobiliser des publics élargis et diversifiés dans des musées, festivals, salons, rencontres, etc. ;

  • les acteurs politiques — tantôt censeurs tantôt promoteurs d’un moyen d’expression dont l’accession à la sphère de la culture (au sens du ministère du même nom) fut un processus long et tortueux ;

  • les acteurs économiques privés : librairies, salle des ventes, galeries ;

  • la bédéphilie construite autour des webcomics ;

  • les circulations transnationales effectives des bandes dessinées et la création de mythes afférents.

On s’intéressera également aux déterminations observables dans les pratiques et mécanismes de la bédéphilie à partir des classes d’âge (« la bande dessinée : culture jeune »…), des différences d’implication entre hommes et femmes, des identités minoritaires, etc.

L’aire culturelle francophone est ici la première concernée. Mais des propositions sur d’autres aires (anglophone, japonaise et autres) seront les bienvenues.

Bibliographie indicative

Baudry, Julien (2012), « Saint-Ogan et les grands enfants : la place de l’œuvre d’Alain Saint-Ogan dans le discours historique de la SOCERLID », Comicalités [En ligne], URL : http://comicalites.revues.org/578.

Beaty, Bart & Woo, Benjamin (2016), The Greatest Comic Book of All Time: Symbolic Capital and the Field of American Comic Books (NY: Palgrave/Macmillan).

Boltanski, Luc (1975), « La constitution du champ de la bande dessinée », Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, 1.1, p. 37-59.

Bolling, Ben &‎ Smith, Matthew J., ed. (2014), It Happens at Comic-Con: Ethnographic Essays on a Pop Culture Phenomenon (Jefferson, NC: McFarland).

Gabilliet, Jean-Paul (2016), « Reading facsimile reproductions of original artwork: the comics fan as connoisseur », Image [&] Narrative: Online Magazine of the Visual Narrative 17.4, 2016. URL :

http://www.imageandnarrative.be/index.php/imagenarrative/article/view/1318

—- (2017), « “Âge d’or de la bd” et “golden age of comics” : comparaison des notions fondatrices de la bédéphilie en France et aux Etats-Unis », Le Temps des médias. Revue d’histoire 27 (Automne-Hiver 2016/2017), p. 139-151.

Georgeard, Frank-Michel (2011), « Le classique en bande dessinée », Comicalités [En ligne], 6/07/2011, URL : http://comicalites.revues.org/296

Heinich, Nathalie (2017), « L’artification de la bande dessinée », Le Débat 195, p. 5-9.

Lesage, Sylvain (2018), Publier la bande dessinée : Les éditeurs franco-belges et l’album, 1950-1990 (Lyon : Presses de l’ENSSIB).

Maigret, Eric (1994), « La reconnaissance en demi-teinte de la bande dessinée », Réseaux, 1994, 12.67, p. 113-140.

Morgan, Harry (2011), « Y a-t-il un canon des littératures dessinées ? », Comicalités [En ligne], 5/10/2011, URL : http://comicalites.revues.org/620

Ory, Pascal (2012), « Pour une enquête pluridisciplinaire sur l’histoire de la légitimation artistique », Sociétés & Représentations, 2/2012 (n° 34), p. 149-151.

Pustz, Matthew J. (2000), Comic Book Culture: Fanboys and True Believers (Jackson, MS: University Press of Mississippi, 2000)

Schelly, Bill (1999), The Golden Age of Comic Fandom revised edition (Seattle: Hamster Press).

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